Car l’importance de la langue française vient de pair avec son histoire, commençons par cette dernière. La France au XVe siècle, comme les autres premières puissances de l’époque, souhaite étendre son influence, son territoire et mettre la main sur de plus nombreuses ressources. Commence alors une histoire de domination et de colonisation.
Mais parallèlement à la domination extérieure, la domination intérieure. L’égalité des genres est loin d’être acquise, les femmes devront lutter pour faire reconnaître leurs droits.
Voici, au travers de ces cinq portraits des femmes, une partie de cette histoire. Du Sénégal au Canada en passant par la Belgique, nous découvrirons des femmes ayant combattues, politiquement, mais aussi artistiquement, pour faire valoir leur liberté, mais aussi la liberté de leur peuple.
Leur liberté en tant que femme, à la recherche d’un meilleur statut, d’une plus grande intégration et de reconnaissance. Mais aussi la liberté de leur peuple, colonisé et opprimé. Engagées et avant-gardistes, elles ont occupé des postes politiques fort, ou bien ont pris une place importante dans les affaires et le commerce de leur pays.
Capturée en Afrique à 19 ans et amenée à l'île Royale (aujourd’hui le Cap-Breton) où elle fut vendue à un membre de l'élite coloniale, Marie Marguerite Rose devint une figure célèbre du premier chapitre de l'esclavage des Noirs au Canada. Elle obtint sa liberté après 19 années de servitude, puis épousa un Mi’kmaq et ouvre une taverne et une pension. Elle se hisse ainsi au rang de commerçante. Elle fait partie des trois seules femmes esclaves qui seront affranchies à l’ile Royale. Son histoire témoigne de la présence de l'esclavage sur l'île Royale et au Canada, où la population globale d'esclaves noirs était estimée à 1 375 personnes sous le Régime français.
Marie Marguerite Rose a été reconnue comme personnage historique national du Canada en 2008 puisqu’elle aurait été une des premières femmes d’affaires noires du pays.
Daniely Francisque est une comédienne française ayant participé depuis le début de sa carrière à une cinquantaine de productions. En 2017, elle décroche le trophée de la meilleure actrice du Festival international du film indépendant SMR 13, puis en 2018, le trophée de la meilleure actrice à l’International Alternative Film Festival de Toronto.
Dans sa pièce "Moi, fardeau inhérent". Daniely Francisque dénonce les violences sexuelles faites aux femmes. Créée en 2019, elle a été jouée une vingtaine de fois : au festival off d’Avignon, en Suisse, en Guyane et en Martinique.
Mariama Bâ, née en avril 1929 à Dakar, Sénégal, et décédée dans cette même ville en août 1981, est une écrivaine et femme de lettres sénégalaise, pionnière du féminisme en Afrique. Son parcours illustre un engagement passionné en faveur des droits des femmes et de l’égalité des sexes, révélant les injustices ancrées dans les traditions africaines.
Ses écrits sont profondément ancrés dans la réalité sociale de son époque et de son pays, abordant des thèmes tels que la polygamie, les castes et l’exploitation des femmes. Son œuvre emblématique, "Une si longue lettre", publiée en 1979, a profondément marqué la littérature sénégalaise.
Née en 1919, Eunice Adabunu s’impose comme une figure emblématique du Togo grâce à son parcours d’entrepreneure et son engagement politique. Issue d’un milieu modeste, elle débute très jeune dans le commerce de rue, vendant des beignets, du sucre et des perles dès l’âge de 11 ans. Elle fait progressivement prospérer son activité pour devenir une marchande de pagnes prospère sur le marché de Lomé, ce qui lui vaut d’être identifiée comme l’une des « Nana Benz », ces femmes d’affaires togolaises influentes et indépendantes.
Au fil des années, son succès commercial lui permet aussi de jouer un rôle politique important : à 47 ans, forte de plus de deux décennies d’expérience dans le commerce, elle met ses ressources au service du mouvement indépendantiste togolais. Elle devient ainsi une des figures influentes et un pilier financier du Comité de l’unité togolaise, le parti fondé par Sylvanus Olympio durant la lutte pour l’indépendance.
Marie Popelin est une figure marquante du féminisme belge. En 1864, elle ouvre avec une autre femme féministe belge Isabelle Gatti de Gamond : les Cours d’éducation pour jeunes filles, la première école laïque, secondaire pour filles.
Une vingtaine d’années plus tard, elle fondera la Ligue belge du droit des femmes soit la première association féministe belge. Cette première revendication féministe ouvre la voie à une forte militance dans le pays. Quelques années plus tard naît le Conseil national des femmes belges qui regroupe une dizaine d'associations, Marie Popelin en sera la première présidente et le dirigera jusqu'à sa mort.
Accessible dès le niveau A2.



«Nos héroïnes est une série belge de podcasts destinée aux enfants. Dans dix épisodes, on découvre autant de vies époustouflantes et inspirantes de femmes belges, d’hier et d’aujourd’hui. Certaines sont célèbres, d’autres moins connues, mais toutes ont marqué leur époque, la société et l’Histoire.»
Tout comme le féminisme, la lutte pour les libertés et l’indépendantisme s’enclave dans une logique progressiste et sociale. Aider les pays pauvres à devenir plus fort et à gagner leur indépendance, mais aussi aider les femmes à devenir plus fortes et à gagner leur indépendance. Et comme sans argent on ne va pas loin, toutes ces femmes ont compris l’importance de faire porter leurs voix et de faire prospérer leurs affaires !
Ces femmes ont donc voulu la liberté non seulement du carcan paternaliste mais aussi celui du colonialisme qui, d’une autre manière, emprisonne et invisibilise.
Le français uni toutes ces femmes. À la fois héritage historique, instrument de pouvoir et espace de création. Elles s’en emparent pour raconter leurs réalités, revendiquer leurs droits et imaginer d’autres futurs…

Article rédigé par : Anna Puyrenier, rédactrice culturelle chez France Madrid.